Le Grand Paris répond à une ambition économique, mais cependant le cahier des charges auxquels ont dû se contraindre les dix architectes était précis et exigeant en matière d’environnement. Le travail du groupe Descartes montre que les deux ambitions sont compatibles et que les solutions existent. Mais le Grand Paris "vert et gris" pose la question de l’aménagement et de la clarification du foncier, tant pour permettre une densification urbaine, que pour permettre aux exploitants agricoles de se projeter dans des stratégies d’investissement à long terme indispensables à leur maintien.
I/ L’Ile-de-France, une région verte
Intervention de Christophe Hillairet, Agriculteur, Président de la Chambre d’agriculture d’Ile-de-France Ouest
a/ Oui, la région Ile de France est une région verte
47% de la superficie régionale est agricole, ce qui est très proche de la moyenne nationale. Quelques chiffres
• 80% en grandes cultures
• 1% fruits et légumes
• 5310 exploitations sur le territoire francilien dont 70% en fermage
• 1/3 des agriculteurs ont moins de 45 ans
• aucune installation de jeunes agriculteurs
• 50% des jeunes sont des doubles actifs
• 20 000 ha disparaissent chaque année à cause de l’étalement urbain
b/ Agriculture et développement économique
Les agriculteurs ne sont pas opposés au développement économique mais certains aménagements sont très impactants sur le plan agricole ; or ceci ne semble pas être pris en compte dans l’esprit des aménageurs.
S’agissant du Grand Paris, il serait nécessaire d’avoir une plus grande lisibilité sur les documents d’urbanisme, qui évoluent au gré des élus. Ce manque de visibilité est handicapant pour l’activité agricole qui a besoin de savoir pour réaliser les bons investissements.
c/ Le principal problème est un problème foncier
La différence de prix entre les fonciers agricoles et les fonciers constructibles est une des causes de la disparition des terres agricoles
La loi LMA en discussion au Parlement prévoit des dispositions pour la protection du foncier.
On note aussi la cherté des logements et l’impossibilité pour la main d’œuvre agricole dont les salaires ne sont pas élevés de se loger en Ile-de-France.
2/ L’envie campagne exprimée par les consommateurs franciliens à travers leurs comportements alimentaires
Dominique Weizman, sociologue et chasseuse de tendance, cabinet DW Consulting
Trois tendances dans les modes de vie et consommations :
• BIO
• Obsession sécuritaire
• Caution scientifique
Et plus particulièrement dans les populations citadines :
• Retour au bout de jardin
• Recréer de l’émotion
• Cultiver soi même
• Savoir comment les produits arrivent dans notre assiette
Franck Lehuédé, département consommation du CREDOC
En IDF les populations sont plus de jeunes, plus diplômées, il y a plus de diversité :
• Motivations santé sont particulièrement importantes
• Le prix en revanche compte moins
• Les variétés alimentaires, le bio et les produits frais sont bien davantage consommés que dans le reste de la France
En revanche on ne dispose pas en IDF de toutes les productions au plan local et le désir de variétés est plus fort que la consommation de proximité, le phénomène des AMAP ne concerne que 5000 familles et reste très marginal.
Le principal canal de distribution des produits frais en Ile de France reste la Grande Distribution :
• 67% des produits vendus en grandes surfaces
• 17% en filières spécialisées (Picard etc..)
• 3,4% sur les marchés
3/ Le rôle de la grande distribution dans le rapprochement ville - campagne
Claude Risac, Directeur des relations extérieures du groupe Casino
Les relations entre les producteurs et la grande distribution connaissent des difficultés et font apparaitre souvent le désespoir du monde agricole. On constate une certaine perte de compétitivité dans les productions françaises et certaines filières gagneraient à se restructurer
Cela coûte cher de produire en Ile-de-France et les franciliens ont du mal à tenir. Avec la crise les magasins de proximité retrouvent un certain succès au détriment des hypermarchés
La grande distribution tente de répondre aux nouvelles tendances de consommation :
• Santé
• Prix
• Bio
• Besoin d’information
Le Groupe Casino a lancé un étiquetage Co2
II/Grand Paris, comment concilier harmonieusement villes et campagnes ?
1) Jacques JP.MARTIN, Maire de Nogent /Marne, élu au Conseil général du val-de-Marne, Vice-Président du syndicat Paris Métropole.
• Relations « sportives avec Paris » ; les Parisiens ont maltraité la banlieue depuis des années
• Il faut rapprocher les collectivités et les habitants pour qu’ils découvrent qu’ils ont un destin commun
• Au fil des années la centralité s’est déplacée de Paris vers la banlieue
• Un système de concertation doit se mettre en place au sein d’une conférence métropolitaine
• Une réflexion doit s’engager sur la problématique domicile / trajet / emploi pour mettre fin aux disparités qui ont conduit à l’explosion
« Le grand Paris c’est un concept avant une solution, c’est un problème avant une solution, c’est un défi avant une réussite »
Le Grand Paris doit être une "ville monde post Kyoto"
Il faut relever le défi de la ville monde post Kyoto et établir le lien entre développement durable et ville monde.
Une série de critères définit cette ville monde :
• Notoriété
• Qualité de vie
• Sièges sociaux
Il y a 4 villes monde : New York, Londres, Paris, Tokyo
2) François Leclercq, Architecte-Urbaniste, a travaillé sur le Grand paris aux côtés d’Yves Lion dans le Groupe Descartes
Paris est une ville dure, contre performante économiquement dont le territoire est en fuite : Les chercheurs partent, les forces économiques partent …
Cette ville doit donc se transformer.
Le rapport ville / nature doit se rééquilibrer : lutter contre l’étalement urbain, densifier, intensifier les services, reconstruire la ville sur la ville, mobiliser les friches.
Comment construire sans aller trop loin ?
La pression foncière est forte. On doit trouver une autre manière de redessiner la ville. Le front de terre est comme un front de mer et la nature se regarde avec plaisir …
Attention il est vital de préserver la forêt !
Il est nécessaire de changer les modes de construction, de trouver une nouvelle agriculture de redonner une place à l’industrie afin d’avoir une vie plus douce..
Il faut imaginer, ne pas être dans la contrainte et réconcilier nature et bâti !