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Accueil Le Grand Paris pour les nuls Urbanisme Le club des fumeurs de hachich a encore frappé : réflexions urbaines planétaires
  • La conférence Grand Paris du MIPIM ou le summum de l’intellectualisme délirant
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  • Plus d’une conférence menée par un ou des architectes étaient programmées du 16 au 19 mars derniers dans le cadre du MIPIM. A l’heure de la métropolisation et du Grand Paris, la problématique de l’identité urbaine et ses concepts associés - mixité et densité - étaient de toutes les pensées et sur toutes les lèvres. Tous les ont abordés, chacun à sa façon.

  • Dans le cadre du Marché International des Professionnels de l’Immobilier 2010 (MIPIM), le Palais des Festivals et les pavillons alentours ont abrité, quatre jours durant, nombre de conférences dites ’d’architectes’. Certaines étant liées à un projet, telles les présentations d’’Habiter le ciel’ par Roland Castro et Silvia Casi, d’autres davantage à une thématique, telle l’intervention intitulée ’L’écologie comme philosophie d’habiter la ville’ de Sefik Birkiye (Vizzion Europe). Enfin, les couronnant toutes, une conférence intitulée ’Des points de vue uniques en réponse aux défis de la globalisation’ (’Genuine visions to address global cities’ challenges’) était coordonnée par Philippe Uzzan (My architect(s)) au sein de la salle Estérel du Palais des Festivals, le mercredi 17 mars.

    ’identité urbaine, affaire de densité, de mixité… et de témérité

    Réunissant Manuelle Gautrand, Matthias Sauerbruch (Sauerbruch Hutton), Daniel Libeskind, Bernardo Fort-Brescia (Arquitectonica), Hani Rashid (Asymptote Architecture) et Djamel Klouche (l’AUC), cette dernière conférence venant clore la deuxième journée du salon a démarré par un marathon d’images, chaque architecte présentant tour à tour, chronomètre en tête, des projets choisis.

    Malgré un exercice de communication plus que de réflexion collective, la question de l’identité urbaine était déjà évoquée via les visuels et des concepts cousins. Daniel Libeskind a parlé de "qualité urbaine", Bernardo Fort-Brescia a observé que "l’heure est aux projets de densification" tandis que Hani Rashid a souligné que l’hôtel du circuit Formule 1 conçu pas Asymptote à Abou Dabi avait conféré à la ville "un endroit" ("a place").

    Suite à ces présentations, Philippe Uzzan a donné le coup d’envoi des prises de positions à l’égard de la chose urbaine en posant à l’ensemble des intervenants la question suivante : "Si un maire vous demandait de faire une ville ’attractive’, comment réagiriez-vous ?".

    "Je prendrai soin de l’espace public et utiliserai la géographie et les transports publics comme point de départ de l’acte de bâtir", a répondu Bernardo Fort-Brescia. Le fondateur d’Architectonica a par ailleurs rappelé que le phénomène d’étalement urbain était intimement lié à l’avènement de l’automobile. "La responsabilité est celle d’Henry Ford", a-t-il ironisé. Selon lui, "pour faire place aux parkings, nous avons besoin de sites vastes ; or, ces sites se situent en dehors des villes". Et de citer Dubaï, cette "collection de garages autant que d’objets architecturaux".

    Djamel Klouche a alors acquiescé. "Les transports et la mobilité sont effectivement très importants". Inconditionnel du modèle tokyoïte, le cofondateur d’AUC a souligné que "les grandes stations font partie des endroits d’où peut émerger la densité ". "Nous sommes en train de passer d’une société d’icônes architecturales à une société plus sociale", a-t-il ajouté. Faisant partie des équipes ’Grand Paris’, Djamel Klouche a mis l’accent sur la condition métropolitaine. Selon lui, "la ville européenne a gagné : ce modèle de densité et de diversité est devenu un modèle mondial".

    En écho aux propos de Djamel Klouche, Manuelle Gautrand a répondu à Philippe Uzzan : "Je m’inspirerai des villes européennes et préserverai la densité qui nous est familière".

    Quant à Daniel Libeskind, ce dernier a insisté sur l’importance de "réfléchir hors des sentiers battus (’out of the box’)". En clair, "il faut de l’imagination, développer une stratégie du risque". Selon l’architecte du musée juif de Berlin, "les villes se rendent compte qu’elles doivent désormais se concurrencer sur le mode de la vision et non plus des bâtiments". Ce à quoi Hani Rashid a ajouté : "Penser en dehors des sentiers battus signifie également imaginer des programmes atypiques". "C’est la vision de notre client qui motive la nôtre", estime-t-il. Enfin, Matthias Sauerbruch a souligné que la ville se construit "avec nombre de professionnels et non les seuls architectes".

    A ville durable, architectures indémodables

    Selon l’associé de l’agence Sauerbruch Hutton, "l’identité d’une ville est liée à sa durabilité". "Think long term", dit-il. "La durée de vie d’un bâtiment devrait être de 50 ans minium". Un point de vue partagé… et décliné par Sefik Birkiye, fondateur et président de l’agence Vizzion Europe (Belgique).

    "La spécificité de notre groupe est d’avoir constitué des fonds immobiliers qui nous ont permis de réaliser notre rêve", a souligné ce dernier lors d’une conférence intitulée ’L’écologie comme philosophie d’habiter la ville’. C’est-à-dire de mettre en oeuvre "une architecture régionale". "Le développement durable passe d’abord par un style indémodable". Là réside, selon Sefik Birkiye, l’originalité de son agence, à l’opposé "d’approches strictement techniques et économiques". "Finalement, ce que nous aimons le plus dans les grandes villes est tout ce que nous n’avons pas à démolir, tel le Paris d’Haussmann", dit-il.

    Outre une architecture "indémodable", Sefik Birkiye met également l’accent, pour une véritable démarche durable, sur l’emploi de matériaux de qualité, "de préférence recyclés" et la mutualisation des espaces construits. "Un bâtiment doit pouvoir subir des transformations", a-t-il dit en faisant référence aux villages de vacances, "un véritable gâchis car ces lieux ne sont utilisés que la moitié de l’année". A l’instar de ses confrères, Sefik Birkiye met l’accent sur la nécessaire mixité fonctionnelle des bâtiments. "Peu d’investisseurs font des projets mixtes ; or, c’est justement la spécialisation financière qui conduit à un zoning des fonctions", a-t-il souligné. "La mixité est un pari moins risqué pour les investisseurs", estime pourtant, en connaissance de cause, cet architecte hybride, à la fois investisseur et promoteur.

    Espace public qui grimpe, qui grimpe

    Durabilité, mixité, densité, qualité, identité, ces leitmotiv ont également ponctué les propos de Roland Castro et Silvia Casi, venus présenter le projet ’Habiter le ciel’. "L’idée, qui traîne depuis longtemps, est de faire un espace public vertical", a souligné Roland Castro. C’est à l’occasion du concours Signal que l’agence Castro-Denissof-Casi se penche sur l’idée d’une tour dotée d’une série de places publiques. Finalement, "nous avons imaginé des cours compactes autour de jardins sur différents niveaux". Chaque jardin diffère des autres, "à l’image des jardins Albert Kahn à Boulogne". En fabriquant des logements autour de loggias, "la question de la tour est ainsi divisée par cinq", a souligné Roland Castro. "C’est une manière d’avoir des espaces de transit vers le ciel", dit-il.

    "C’est aussi une façon d’avoir de la référence près de chez soi", a poursuivi l’architecte, apportant là une nouvelle déclinaison du concept d’identité urbaine. "Il faut bien sûr trouver un lieu pertinent". Ce sera l’éco quartier de Gennevilliers, où les architectes ont organisé des séances de "pédagogie participative". Après avoir fait découvrir des réalisations de l’agence telle la tour de l’illustration à Bobigny, "nous avons présenté ’Habiter le ciel’ et figurez-vous que la question ne se posait plus du tout en termes de hauteur mais d’usage", a souligné Silvia Casi.

    "N’oublions pas que la densité est aussi un moyen de faire respirer le reste de la ville car elle permet de libérer de l’espace", a conclu Roland Castro. Car, "si on aime Manhattan c’est parce qu’on perçoit le ciel au bout des rues".

    Emmanuelle Borne

  • source : CyberArchi.com 24/03/2010

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