Un an de productions et de débats houleux avec la commissions Balladur, les dix architectes, Gilles Carrez, le syndicat Paris Métropole, le Président du SDRIF Jean-Paul Huchon, la SNCF, les élus locaux, la RATP … Et le 1er décembre … une loi votée à l’Assemblée Nationale qui dote la double boucle de transport automatique autour de Paris et le plateau de Saclay des outils nécessaires au "démarrage des travaux".
Alors, que retenir ?
La mobilité est la principale contrainte qui pèse sur les habitants du Grand Paris. Ses conséquences néfastes en terme de qualité de vie, d’environnement, de productivité des entreprises et même de cohésion du territoire sont bien connues.
Mais ne nous leurrons pas, le grand huit ne résoudra pas tout et surtout pas tout de suite. Il faut prendre du recul et chercher d’autres solutions dès maintenant pour rompre la spirale inflationniste des déplacements de personnes dans les grandes métropoles.
Que penser du projet de loi Grand Paris ?
Le grand huit s’inscrit dans un raisonnement pragmatique qui prévoit de connecter les bassins économiques de la région entre eux ainsi qu’aux infrastructures nationales et internationales existantes. L’objectif étant de permettre aux pôles de s’épanouir dans la compétition internationale et de tenir leur promesse en matière de création de richesse.
Ce raisonnement pose mille questions évidemment …
1 millions de salariés en plus dans une région déjà saturée, ça fait peur … L’emprise au sol toujours plus importante des monstres "polaires" en grande banlieue où terres agricoles, petits villages et autres trésors bucoliques ont été miraculeusement préservés, ça fait peur …
Pourquoi sommes-nous toujours "condamnés" à nous développer ? Quel sens donner à cette course effrénée vers toujours plus de croissance ? Et s’il y avait une autre façon de programmer l’avenir ?
Réchauffement climatique et crise économique ont probablement nourri la virulence des détracteurs du Grand Paris. On les comprend, le raisonnement qui a prévalu s’inscrit effectivement dans une démarche économique qui nous renvoie en miroir les "warnings" de l’histoire récente …
Le "passage à la hussarde" du projet de loi cet automne n’a pas franchement rassuré …
Mais le Grand Paris démarre à peine, est-ce que les choix fondamentaux en matière d’environnement et de développement durable ont été arrêtés définitivement avec cette première loi ?
Le grand huit aura le mérite de sortir de terre rapidement et pour les habitants que nous sommes, c’est une avancée très appréciable … La grève du RER A et sa prise d’otage avant les fêtes de Noël ont en effet "sonné le glas" des transports publics du siècle dernier …
Le calendrier semble pour l’instant respecté. Le Grand Paris verra bel et bien le jour et reste pour nous les habitants, "le projet du siècle", une opportunité unique d’améliorer notre cadre de vie de façon durable.
Les zones d’ombre restent nombreuses et il y a au moins trois chantiers qui devraient cette année retenir toute notre attention et toute notre vigilance :
1. Les transports :
Le grand huit ne suffira pas, il est indispensable de créer les connexions supplémentaires pour relier d’un côté et désengorger de l’autre. C’est en local que cela se joue car c’est le maillage fin qui pêche …
Il n’y a pas de fatalité, les nouveaux transports publics peuvent être utiles et agréables … plus de services, plus de convivialité, plus de sécurité … Avec le développement des nouvelles technologies on devrait y arriver !
La tracé du Grand Huit, l’implantation des gares sont essentiels, c’est maintenant qu’il ne faut pas se tromper. Ouvrons l’oeil et ne lâchons rien …
Les ressources ne suffiront jamais à couvrir nos besoins si nous sommes toujours plus nombreux, si nous continuons à augmenter la fréquence de nos déplacements et les distances que nous parcourons. Il faut faire évoluer les motivations de nos déplacements et notamment diminuer considérablement nos déplacements professionnels quotidiens. Les nouvelles façons de travailler sont là pour ça.
Ce dernier chantier, lancé à l’occasion de notre dernier dîner-débat sera une des priorité des Nouvelles Parisiennes pour l’année 2010. Nom d’un chien, pourquoi ça coince ? On est au XXIème siècle, oui ou non ?
2. La gouvernance :
Ne soyons pas naïfs : il est bien commode de différer la réforme des collectivités locales quand on est si près des échéances électorales régionales … Ne nous laissons pas influencer non plus : les "querelles de chapelle" de certains élus du Grand Paris qui ont surgi avec le droit de préemption du projet de loi, ne sont pas les nôtres. La fonction politique aussi doit évoluer, n’en déplaise aux coriaces, c’est la fin d’une époque …
Le choix du mode de gouvernance est en revanche fondamental pour le projet Grand Paris. Il doit inclure les mécanismes qui permettront de réinvestir les richesses collectées par les pôles dans le cadre de vie des habitants et l’outil décisionnel souple et moderne qui évitera de sacrifier les ambitions du projet à chaque changement de mandature.
Les lois de décentralisation ont en effet montré leurs limites, on sait bien que ce n’est pas une question de personnes, mais une question d’outils inadaptés à une situation inédite. Responsabilités diluées et moyens dispersés empêcheraient n’importe quel zoom arrière pourtant indispensable à la planification et la mise en oeuvre d’un projet de grande envergure.
Il est indispensable de faire sauter les frontières artificielles crées par les départements pour homogénéiser les politiques locales, il est indispensable de ne pas dissocier moyens et responsabilités aux différents échelons géographiques, il est indispensable d’avoir un outil décisionnel démocratique mais qui permette de ne pas rogner nos ambitions …
Il y a semble-t-il dans le personnel politique francilien quelques templiers plus animés par les intérêts collectifs que leur carrière personnelle et qui en plus maitrisent parfaitement le sujet … Tout cela se fera dans la douleur mais se fera quand même … Nous serons là aussi pour soutenir les audaces qui le méritent …
3. Le développement durable :
Les architectes se sont remis semble-t-il au travail. Ouf !
Les dés ne sont pas jetés … Loin de là … la vision, l’idée ne suffisent pas, tout reste à préciser … Et c’est maintenant plus que jamais qu’il va falloir scruter de près les propositions en restant fermes sur nos ambitions en matière d’écologie et de développement durable. C’est ici plus qu’ailleurs que se joue notre qualité de vie et la ville durable dont nous rêvons.
Gardons les yeux fixés sur l’objectif et retroussons-nous les manches, le travail ne manque pas …
Bonne année à tous !
Valérie Blanquefort
Présidente
