Des petites tours pour le Grand Paris ?
La tour d’habitation revient au goût du jour. Le promoteur Nexity et l’architecte Roland Castro présentent leur concept au Mipim.

Les images de tours fleuries à tous les étages sont celles du Grand Paris, en moins haut. Le promoteur Nexity et l’architecte Roland Castro ont voulu prolonger l’exercice du concours auquel ils ont participé en 2009 en passant au stade opérationnel, bravant le désamour qu’ont suscité ces immeubles dans l’histoire urbaine récente.
« Le débat sur les tours est très mal "barré", écrit Roland Castro, parce que le citoyen a toutes les raisons d’être remonté contre ces silos de stockage dans lesquels on a fait des groupes de 5 pièces sur 17 niveaux. » Il explique être parti de l’usage et de la manière dont les gens souhaitent habiter, un lieu identifié, spacieux, clair et si possible doté d’un espace extérieur.
Une idée de village vertical
Un rêve de maison individuelle transporté au 12 e étage… Les « tourettes » de 57 mètres - le dernier plancher culmine à 50 -, issues de ce cahier des charges, échappent à la réglementation des immeubles de grande hauteur (IGH), contraignante pour la sécurité incendie et généralement coûteuse en charges.
Des rez-de-chaussée à échelle du piéton, des espaces extérieurs à tous les étages, terrasses ou jardins en pleine terre, privés ou partagés, des logements traversants aux typologies variées…
L’idée du village vertical n’est pas loin, y compris dans la forme fragmentée que prendraient ces empilements : ici, la façade se creuse en une loggia sur une double hauteur, là c’est un balcon en porte-à-faux qui émerge… Le noyau central est constitué de cinq cours-jardins superposées, vitrées, ouvrant chacune sur 4 étages de logements constitués de 2 duplex posés l’un sur l’autre.
Le socle du bâtiment abrite un hall occupant les 2 premiers niveaux et une cour. Plus large que l’immeuble, il en assoit la silhouette, atténue l’effet de hauteur et peut accueillir, au choix, habitat, commerces ou équipements publics. L’accroche au sol des tours européennes construites le plus souvent au milieu de rien ou sur dalle, détachées de la rue et de la vie urbaine, est ici l’objet de toutes les attentions.
L’idée consiste à densifier la ville en commençant par s’installer en son coeur, à un angle de rue ou sur une place publique. Les concepteurs de ce produit immobilier baptisé « Habiter le ciel » affirment pouvoir donner vie à cette série d’utopies pour un coût de construction avoisinant 1.800 euros par mètre carré et un prix de vente de 4.000 à 4.700 euros par mètre carré, parking compris, limité à 0,5 place par logement.
Un prix de marché dans de très nombreuses communes d’Ile-de-France (hors Paris) où les transactions se signaient en moyenne autour de 4.300 euros le mètre carré neuf au dernier trimestre 2009. « La variable principale sera donc le prix du terrain », précise Jean-Luc Poidevin, directeur général de Nexity et l’un des initiateurs du projet.
Silhouette adaptable
Il entend mettre en avant l’urbanité de ces immeubles mixtes et de faible emprise au sol offrant « la qualité de l’habitat individuel en s’adaptant à la nécessité du collectif », et négocier ferme avec des collectivités : « Nous considérons, dans la suite des réflexions sur le Grand Paris, qu’il en va aussi de la responsabilité des communes et de leurs aménageurs de rendre ces constructions possibles et accessibles en diminuant les prix du foncier », poursuit-il.
Le projet à la taille et à la silhouette adaptables a déjà été présenté à plusieurs élus de première couronne, où le promoteur tenterait bien de breveter son prototype. A Alfortville, Puteaux, Clichy, Gennevilliers et même pour le quartier des Batignolles auprès d’Anne Hidalgo, l’adjointe à l’urbanisme de la Ville de Paris, qui n’a pourtant pas pour habitude de brader ses terrains.
CATHERINE SABBAH
source : LesEchos.fr 18/03/2010