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Accueil Le Grand Paris pour les nuls Urbanisme Dossier : L’urbanisme du Grand Paris pour Q.I athlétiques
  • Le point de vue des anglais et des américains
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  • Qu’est-ce qui rend une ville attractive ? Les pouvoirs publics doivent-ils s’en mêler ou pas ? Trois livres stimulants en anglais proposent des réponses contrastées.

  • "Making Cities Work Prospects and Policies for Urban America" sous la direction de Robert P. InmanPrinceton University Press, 2009, 382 pages.

    La ville est familière. Mais elle demeure un mystère. Pourquoi vouloir vivre les uns à côté des autres, au risque de l’exaspération mutuelle, de la criminalité, de la congestion ? Pourquoi certaines villes connaissent-elles la croissance et d’autres la déchéance ? C’est cette deuxième interrogation qu’abordent d’éminents spécialistes américains des questions urbaines réunis dans un collectif savant et percutant.

    L’essentiel est d’accompagner le passage d’une ville industrielle à une ville de services, ce qu’ont réussi New York et Chicago, mais ce que n’ont pas pu Buffalo ou Detroit. Il faut, à cet effet, de la densité (pour la forme urbaine) et des cerveaux (pour le capital humain et l’innovation). Plus les villes sont à capital humain élevé (mesuré par la proportion des personnes issues de l’enseignement supérieur) plus elles réussissent. Les politiques de mobilité doivent permettre l’alchimie des qualifications dans une localisation. Le soutien, par les autorités, à la création de services et d’« aménités » ne sert pas à grand-chose. Théâtres, restaurants, bars, magasins sont une des conséquences de l’attractivité et non un de ses ressorts. Il ne sert à rien d’aménager des centres-villes accueillants, si ne sont pas d’abord attirés des résidents prêts à consommer. Pour devenir des centres de production, d’innovation et de consommation, les villes doivent retenir et attirer les diplômés.

    A la fin des années 1960, d’autres spécialistes de l’urbain, emmenés par James Q. Wilson s’intéressaient à « l’énigme métropolitaine ». Ils cherchaient à remédier à la crise des villes. Les politiques devaient organiser des aménagements. La mécanique n’a pas été bénéfique aux grandes villes, où se concentrent encore la pauvreté et les tensions sociales. Nos auteurs développent une idée opposée. Ils plaident pour des stratégies locales favorables aux personnes et aux entreprises. Les questions urbaines sont mieux traitées à partir des demandes de marché que des préférences des planificateurs.

    Cet ouvrage à dix auteurs, mêlant accessibilité et rigueur des argumentations, plaide pour une intrusion minimale des pouvoirs publics dans l’économie locale. Le propos pourrait se résumer de la sorte : les Etats n’ont pas à s’occuper des villes. De quoi tressaillir en France.

    "Who’s Your City ? How the Creative Economyis Making Where to Live the Most Important Decision of Your Life" par Richard Florida New York, Basic Books, 374 pages.

    Professeur d’urbanisme à Toronto et père du concept de « classe créative », Richard Florida fait partie des penseurs internationaux en vogue. Il caractérise la classe mais aussi la ville « créative » par une règle de trois T : technologie (des idées, des universités), talent (des gens compétents, innovants), tolérance (des positions ouvertes à l’immigration, aux différences).

    Il s’intéresse à ce qu’il appelle les « mega régions », de grands espaces métropolitains de 5 à 100 millions d’habitants agglomérés. Les dix premières rassemblent 6 % de la population mondiale, 43 % de l’activité économique, 57 % des brevets et 53 % des scientifiques. Florida décrit de nouvelles bases géographiques pour l’économie, à rebours des prédictions relatives à l’effacement des territoires et à l’aplatissement du monde. Féru de cartographie originale, Florida montre les hauts pics de la spécialisation planétaire. Il souligne des concentrations de plus en plus élevées, car les talents et la créativité sont localisés avant d’être connectés. L’attractivité des villes, la croissance, l’innovation et la prospérité, passeraient principalement par la présence de la « classe créative » et, partant, par la capacité à attirer des talents de haut niveau. Ceux-ci alimentent l’activité culturelle et scientifique, tout en aimantant encore de nouveaux talents.

    L’ouvrage se veut aussi guide personnel pour les Américains, afin que chacun puisse choisir (comme dans un magazine) la ville où il fera bon vivre pour lui, en fonction de son âge, de ses aspirations et de ses orientations personnelles (notamment sexuelles).

    Avec de la légèreté et des données, Florida propose une analyse originale. Les jaloux y décèleront des faiblesses (sur l’hétérogénéité de la classe créative, sur la rapidité de certaines affirmations). Il ne faut pas bouder pour autant son plaisir. Comme l’écrivait l’un des tenants du « Public Choice », Charles Tiebout, repris par Florida, les gens vont toujours davantage « voter avec leurs pieds » en déménageant vers des sites à la fois moins pressurisant (fiscalement) et surtout à offres adaptées. La leçon est vraie pour toutes les mega régions, dont le Grand Paris, qui sont en compétition globale pour attirer entrepreneurs et innovateurs.

    "Phoenix Cities The Fall and Rise of Great Industrial Cities accross Europe" par Anne Power, Jörg Plöger and Astrid Winkler,Policy Press, 2010, 432 pages.

    Cet ouvrage, nourri d’études de cas, intéressera principalement les hommes de l’art. Il traite de ces « géants industriels », devenus au cours des années 1970 des « zones dévastés », après avoir dominé leur économie nationale, voire, dans certains cas, l’économie mondiale. Sur le temps d’une génération, ce sont parfois les trois quarts des emplois manufacturiers qui ont été détruits, laissant des friches désolées, appauvrissant des communautés, conduisant à des exodes de population et au renforcement de la ségrégation.

    Les trois auteurs, issus de la London School of Economics, se penchent sur les dynamiques urbaines de déclin et de rétablissement, dans sept grandes villes européennes (Leipzig, Brême, Sheffield, Belfast, Bilbao, Turin, Saint-Etienne), au regard de quelques incursions comparatives dans le contexte américain. Selon nos spécialistes des études urbaines, l’investissement public a autorisé des reprises et des mutations positives, à un rythme probablement plus rapide que ce qu’ont connu (et ce que vivent encore actuellement) des villes américaines aux profils comparables.

    Les sept cas européens montrent une capacité de « résilience » face à la désindustrialisation. L’analyse insiste sur l’importance et la pertinence des dépenses publiques consacrées aux infrastructures ou à la formation des habitants. Des programmes sociaux ont contenu les problèmes ; des soutiens aux établissements de formation ont autorisé l’innovation et l’ajustement des compétences des habitants. La restauration physique des espaces (avec reconquête des centres et développement des transports publics) s’est accompagnée d’une limitation des inégalités. Ces deux points distinguent nettement les deux côtés de l’Atlantique, puisqu’aux Etats-Unis (marqués de fait par une crise plus intense et plus longue) les situations sociales ont continué à se polariser.

    Les sept « success stories » (relatives) sur lesquelles s’appuient l’ouvrage autorisent une célébration de l’intervention publique. Elles montrent surtout, comme le titre de ce travail le suggère, que les villes peuvent renaître de leurs cendres. Elles ont maintenant, en Europe comme aux Etats-Unis, à gérer le défi de modes de vie nouveaux dans un monde que l’on veut « post-carbone ».

    JULIEN DAMON, PROFESSEUR ASSOCIÉ À SCIENCES PO (MASTER D’URBANISME).

  • source : Les Echos 1/04/2010

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