La mégapréfecture du Grand Paris est née
Les préfectures de Paris et de l’Île-de-France ont fusionné au sein de la nouvelle “préfecture de la région capitale”, qui s’installera sur un site unique début 2011. Les syndicats sont critiques.

Un immense immeuble du 15e arrondissement de Paris avec vue sur la Seine et la tour Eiffel. C’est dans ce site baptisé “Le Ponant” que s’installera au premier trimestre 2011 la préfecture de la région capitale, nouvelle structure née de la fusion des préfectures de Paris et de la région Île-de-France. Quelque 20 500 mètres carrés de bureaux loués moins de 400 euros du mètre carré au groupe Banques populaires-Caisses d’épargne dans lesquels seront regroupés 750 agents aujourd’hui éparpillés sur cinq sites. Si la fusion est officielle depuis cet été, les services ne devraient fonctionner à plein régime qu’après le regroupement. “Un lieu unique était indispensable”, confirme Daniel Canepa, le préfet de la nouvelle entité, qui pilote depuis dix-huit mois cette mesure phare de la réforme de l’administration territoriale de l’État.
RGPP ou pas, le regroupement était “vraiment” nécessaire, affirme Daniel Canepa : “Alors que nous manquons de moyens, j’ai pu observer les insuffisances et la redondance de certaines activités des deux préfectures, comme les services juridiques et de reprographie. La fusion permettra d’insuffler un nouvel élan à l’Île-de-France avec le développement de missions nouvelles. Je pense notamment à la prospective.” Parce que “la mutualisation fait la force”, le haut fonctionnaire promet une préfecture “plus efficace, plus accessible, plus lisible et plus proche des attentes”. Fusion géographique et fusion de services : le préfet de la région capitale voit son autorité confortée et s’appuie désormais sur dix structures régionales qui représentent l’ensemble des politiques interministérielles (lire encadré), contre une vingtaine auparavant. L’ambition de cette profonde réorganisation ? “Améliorer la qualité du service rendu grâce à des entités recentrées sur de grandes thématiques.”

Reclassements
Mais si le préfet applaudit, ça coince du côté des syndicats, qui dénoncent une fusion “politique au nom d’économies d’échelle” et craignent une réduction brutale des effectifs. “La mutualisation va entraîner des suppressions de postes”, martèle Christine Marot, de FO. Certes, il n’y aura aucun licenciement, mais se pose la question du reclassement des cadres supérieurs en cas de fusion de services. “On crée un jeu de chaises musicales qui entraîne des mobilités contraintes pour les agents”, analyse Denis Lefebvre, de la CFTC. “Les promotions et perspectives d’évolution de carrière des cadres vont être beaucoup plus limitées, prolonge Charles Bonissol, de la CFE-CGC Fonction publique. Puisque l’on va rassembler les fonctions de quatre ou cinq directeurs sur un seul poste, certains vont se retrouver sur la touche.”
Un constat “à la fois exact et inexact”, répond Daniel Canepa. “Inexact” parce que la fusion devrait permettre à des agents jusqu’alors à la tête de “petits services de trois ou quatre personnes” d’évoluer vers des services plus vastes dans lesquels leurs missions seront étendues “même s’ils ne sont plus numéro un”. Et parce que “chacun trouvera sa place dans la nouvelle structure”. Mais alors que la fusion des cabinets et des services juridiques des deux préfectures est déjà effective, le préfet reconnaît que certains cadres sont contraints de migrer vers d’autres cieux : “Nous regardons de manière prioritaire les situations de certains pour les accompagner dans leur mutation vers d’autres administrations. Nous ne laisserons personne en difficulté.” Les syndicats parlent, eux, de “cellule de reclassement”.
source : acteurspublics.com 25/10/2010