Le Grand Paris de la sécurité profite surtout à… Paris
Les statistiques de la préfecture de police de Paris montrent une baisse des délits depuis 2001. Créée il y a un an, la police d’agglomération a renforcé cette tendance, sans réellement la révolutionner.

La bataille de la sécurité est-elle en passe de se gagner en Ile-de-France ? C’est en tout cas ce que veulent croire les autorités. Selon les chiffres de la préfecture de police, la délinquance serait en baisse constante depuis 2001 : - 16,5 % de délits dans l’agglomération parisienne et - 25 % à Paris.
Et, selon l’Institut de l’urbanisme régional, le sentiment d’insécurité serait, lui aussi, en forte baisse.
Malgré cette amélioration, beaucoup reste cependant à faire. En Seine-Saint-Denis, la délinquance a continué de progresser (+ 0,6 %). Si la capitale concentre, à elle seule, un sixième de la délinquance nationale -500.000 actes recensés en 2009 -, les infractions semblent se déporter de la capitale vers les départements avoisinants. La délinquance est aussi devenue plus fluctuante : la moitié des auteurs de violence interpellés à Paris n’y vivent pas.
Système encore en rodage
L’idée, lancée en septembre 2009, de regrouper les forces de l’ordre des trois départements (Seine-Saint-Denis, Hauts-de-Seine et Val-de-Marne) sous l’autorité de la préfecture de police de Paris (33.000 agents au total) paraissait donc, sur le papier, très séduisante.
Le Grand Paris de la sécurité devait améliorer la coordination et la réactivité des troupes.
Objectif atteint selon un premier bilan préfectoral : - 3,8 % de cambriolages, - 23 % des vols à main armée, hausse du taux d’élucidation des affaires.
Ce bilan doit cependant être nuancé. Pour les fonctionnaires de police, la nouvelle organisation permet une mobilisation massive lors d’événements exceptionnels, mais le système semble encore en rodage et la rationalisation escomptée n’est pas là. « Cela se traduit par une montée de l’effectif d’encadrement à Paris au détriment des autres villes », dénonce Jean-Paul Huchon, le président PS de la région Ile-de-France.
Sur le terrain, les agents ont parfois eu du mal à se coordonner : « Les opérations les plus intéressantes sont souvent réalisées par la préfecture et les policiers de banlieue se contentent des missions plus banales », témoigne un policier. D’où une démotivation des équipes, qui expliquerait en partie certains mauvais chiffres : les atteintes aux biens et aux personnes auraient ainsi connu un pic sur les dix derniers mois.
« C’est une période de flottement qui ne durera peut-être pas, mais on paye la précipitation avec laquelle la police d’agglomération a été instaurée », estime un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur.
Laurence Albert et Marie Bellan, Les Echos
source : LesEchos.fr 22/09/2010