Je reviens sur la nécessité d’une métropole parisienne multipolaire, dynamique, foisonnante, porteuse de liberté et de mélange, capable de fertiliser un développement économique, social et urbain.
Une métropole multipolaire
Le grand pari de l’agglomération parisienne est l’objet de travaux parallèles : 10 équipes pluridisciplinaires animées par des architectes préparent leurs analyses et préconisations qui seront rendues publiques à la mi-février ; Christian Blanc soulève le voile sur son projet au travers de son audition par la commission Balladur, qui elle-même travaille sur la réforme de l’organisation et de la gouvernance territoriale. Enfin, le syndicat mixte d’études initié par la Conférence métropolitaine sur la zone la plus dense de l’Île-de-France se construit.
Des questions vitales se posent, même si elles sont soigneusement laissées dans l’ombre. Les réponses apportées seront loin d’être anodines : elles engendreront soit des conséquences aggravantes, soit du progrès pour les territoires concernés.
N’oublions pas que c’est dans la région la plus riche de France et l’une des plus riches d’Europe que l’on trouve aussi les gens les plus pauvres. La région capitale est ainsi déséquilibrée, et son devenir est bloqué par l’aggravation des inégalités.
Vu de notre territoire populaire de la banlieue nord, celui de Plaine Commune, les enjeux sont particulièrement importants pour les populations qui, tout en subissant de lourdes inégalités, y font vivre des dynamiques nouvelles.
La réflexion des équipes d’architectes est particulièrement intéressante à nos yeux : elle offre des analyses depuis des angles de vue divers et rencontre souvent les démarches des praticiens du local que sont les élus et le mouvement associatif. Ils affirment que les territoires de la périphérie, dans leur complexité et leurs contradictions, sont porteurs d’atouts, et d’une valeur intrinsèque. Un dynamisme incontestable les anime, de l’élan économique, social et urbain s’y fabrique, au regard de l’immobilisme, protégé par des murs invisibles mais étanches, des villes les plus riches. Ainsi donc il n’y a pas un unique centre en région parisienne.
Au moment d’une crise grave où l’on s’interroge légitimement sur la capacité du modèle de développement occidental à répondre aux enjeux sociaux, écologiques et économiques de notre siècle, il nous semble rétrograde et dangereux d’imaginer y répondre en se proposant d’être le premier de la classe de la compétition capitaliste mondiale !
Vu des périphéries, comment accepter sans réagir des projets aboutissant à l’éloignement de nombre de leurs citoyens, des centres urbains, par le jeu de la rente foncière et de la concurrence ? C’est de logique qu’il faut changer, et non faire entrer des populations entières dans le royaume de l’invisible, pour mieux offrir leurs territoires à la survalorisation.
Les banlieues, aussi « sensibles » soient-elles, ne sont pas que chaos et handicaps.
Nombre d’entre elles sont aujourd’hui centres de gravité d’une vie urbaine où les qualités les plus positives de la ville se déploient aussi : le mélange, le vivre ensemble, les flux, la diversité des fonctions, les équipements et les services publics dans des domaines aussi essentiels que la santé, le logement, l’éducation, ou la culture. Nombre d’entre elles ont su créer le terreau pour développer des formes innovantes d’économie solidaire et citoyenne.
Si l’on admet qu’il y a une urgence humaine à changer de logique, alors les premiers de la classe sont peut-être ceux qui sont actuellement l’objet de déqualifications.
La ville, de tout temps, est née de l’homme. Il l’a construite en processus longs, installant son habitat là où se nouaient la production et les échanges. Partout dans le monde, rien n’a pu arrêter les migrations humaines vers les villes, pas même les bidonvilles. Au point que celles-ci abriteront très bientôt 80 % des habitants de la terre. Certaines équipes d’architectes ont proposé de mesurer le progrès pour l’homme autrement que par l’économique. C’est une démarche nouvelle qui ouvre une voie possible dans la définition d’un autre développement.
C’est dire combien il faut arrêter de jouer avec le feu en faisant du développement de la ville, de la métropole, un objet purement politicien. Et combien il est important que pour ce développement, la condition humaine soit l’objectif premier.
Le rôle émancipateur du peuple de Paris et celui de ses artistes ont historiquement assuré un rayonnement à la capitale de la France sans rapport avec son nombre d’habitants ou sa puissance économique.
Sur ces bases, nous exigeons d’être entendus, de prendre notre part, avec l’ensemble des citoyens, à la construction d’une métropole parisienne multipolaire, dynamique, foisonnante, porteuse de liberté et de mélange, capable de fertiliser un développement économique, social et urbain.
Le défi à relever est celui de l’inclusion sociale, du solidaire, du vivre ensemble, contre l’exclusion, le tout-sécuritaire et le rejet de l’autre. Nous pourrons ainsi porter l’ambition d’être les premiers de la classe mondiale à ouvrir une autre voie.
Par Patrick Braouezec, député, Président de Plaine Commune.