La tête de liste UMP à Paris, Chantal Jouanno a demandé que l’on ouvre le débat sur la création de péages urbains dans la capitale. Le PS est contre, les Verts aussi (ou presque). La droite est divisée. Résultat : la secrétaire d’Etat à l’Ecologie a fait marche arrière.
En marge des polémiques et des boules puantes, il arrive aux candidats aux régionales d’aborder les sujets de société et les débats politiques. Ces derniers jours, les candidats ont ainsi pu dire ce qu’ils pensaient du péage urbain.
Sur Radio J, Chantal Jouanno tête de liste UMP pour la capitale, a plaidé pour un réexamen de ce sujet dans le cadre "d’un Grenelle du Grand Paris" et pour une consultation des Franciliens.
Dans la foulée, Cécile Duflot, tête de liste Europe Ecologie en Ile-de-France, s’est clairement opposée à l’idée d’un péage urbain qu’elle juge "discriminant par rapport à ceux qui, aujourd’hui, n’ont pas les moyens d’utiliser les transports en commun parce qu’ils ne sont pas adaptés à leur situation." Seule exception : Daniel Cohn-Bendit, qui s’est dit "tout-à-fait d’accord" au micro de Canal+.
Côté Front de gauche, la tête de liste Pierre Laurent parle, lui, d’une volonté de bâtir "un véritable apartheid urbain". Au PS, Anne Hidalgo utilise sensiblement les mêmes mots ("ségrégation"). Sur la question du péage, les socialistes y sont depuis des années opposés.
Depuis la campagne municipale de mars 2008, les discours ont peu changé. A l’époque, les Verts, par l’intermédiaire de Denis Baupin, préféraient, à la création de ces péages intra-muros, la taxation des autoroutes et des voies d’accès à la capitale. Le socialiste Bertrand Delanoë qualifiait le péage de "discrimination financière à l’égard de la banlieue". Et la droite, bien que divisée, demandait une consultation de la population.
Jouanno affirme qu’elle n’a jamais soutenu le péage urbain
En deux ans, rien de neuf donc. Pourtant, en septembre 2009, les défenseurs du péage urbain croyaient bien tenir une première avancée : le Sénat avait adopté un amendement autorisant les villes de plus de 300 000 habitants à expérimenter un tel dispositif. Mais, le 17 février dernier, l’Assemblée nationale a décidé de supprimer cet amendement, avant même que le projet de loi ne soit examiné.
Serge Grouard, maire UMP d’Orléans et rapporteur du texte, jugeait que ce péage se trouvait "encore dans une logique de taxation" et que cela "ne rapporterait pas grand chose". Contre l’avis du gouvernement, les députés ont donc une nouvelle fois repoussé l’éventuelle naissance de péages à l’intérieur même des agglomérations.
Les propos de Serge Grouard illustrent en tout cas les divisions au sein de la droite. Jeudi, Rachida Dati a jugé sur RTL que le péage urbain n’était pas "un système parfait", ajoutant qu’elle n’était "pas d’accord pour sanctuariser Paris". Quand Yves Jégo, député de Seine-et-Marne –pour n’en prendre qu’un- soutient pleinement une telle mesure.
Face à ces divisions, Chantal Jouanno a fait machine arrière ce lundi : "Je n’ai jamais dit que je suis pour un péage urbain". Elle souhaitait uniquement mettre le sujet sur la table. Cela a été fait. Et vu les réactions dans son propre camp, on peut parier qu’il ne ressortira pas de son carton avant les régionales.
Tant pis pour les agglomérations dont les recettes s’effondrent, notamment au niveau des droits de mutations. Tant pis pour le Grand Paris, dont l’une des sources possibles de financement, était le péage aux portes de la capitale.
source : L’Express 22/02/2010